Le Doubs, la rivière qui organise l'agglomération
Une rivière n'est pas seulement un élément de paysage. Dans le Grand Besançon, le Doubs est l'objet qui explique le plus grand nombre de choses : où sont les villages, où passe la route, pourquoi certaines rues sont inondables, et pourquoi la ville a la forme qu'elle a.
Un cours capricieux
Le Doubs prend sa source dans le Haut-Doubs et suit un tracé remarquablement contourné avant de rejoindre la Saône. Il traverse des gorges, s'élargit en plaine, revient sur lui-même.
À Besançon, il forme le méandre presque fermé qui a fait la ville. En amont et en aval, il continue de dessiner de larges boucles qui ont contraint l'installation humaine : les villages se sont fixés sur les terrasses hors d'eau, jamais sur les zones basses.
Le relevé des cours d'eau montre qu'une trentaine de communes de l'agglomération sont traversées par un cours d'eau nommé — le Doubs lui-même, mais aussi l'Ognon au nord et une série de ruisseaux de plateau.
Le canal, seconde rivière
Un canal double le Doubs sur une partie de son cours et coupe l'isthme de Besançon par un souterrain sous la Citadelle.
Cet ouvrage a une conséquence pratique dont profitent aujourd'hui les promeneurs : il a laissé des chemins de halage continus, plats, séparés de la route. C'est sur eux que passe l'itinéraire cyclable qui traverse l'agglomération.
La navigation de plaisance y subsiste, à un rythme sans commune mesure avec le trafic commercial d'autrefois. Les haltes fluviales de la vallée en sont le témoignage.
Deux risques opposés
La crue. Le Doubs a un régime réactif : un épisode pluvieux marqué sur son bassin amont se traduit rapidement par une montée en aval. Les communes de vallée ont toutes une mémoire de ces épisodes, et les documents d'urbanisme y encadrent strictement la constructibilité des zones basses.
L'étiage. À l'opposé, la rivière connaît des débits très faibles en fin d'été, désormais de façon récurrente. Ces épisodes affectent la température de l'eau, la teneur en oxygène et la vie aquatique, et déclenchent des restrictions d'usage.
Ces deux risques ne sont pas contradictoires. Ils traduisent le même caractère : un bassin karstique qui restitue vite ce qu'il reçoit, et retient peu.
La qualité de l'eau, sujet ancien
La rivière a connu des épisodes de mortalité piscicole et de développement d'algues qui ont marqué l'opinion locale, et fait l'objet de programmes de suivi et de restauration.
Les causes admises sont multiples et se cumulent : rejets d'assainissement, apports agricoles, faiblesse des débits estivaux, réchauffement de l'eau. Aucune ne suffit à elle seule, ce qui rend l'action publique complexe et lente.
C'est l'un des sujets où le lien entre les communes de l'amont et celles de l'aval est le plus direct : ce qui entre dans l'eau quelque part ressort ailleurs.
Les usages de loisir
La rivière porte la promenade, le vélo, la pêche, le canoë et la baignade lorsqu'elle est autorisée. Les rives aménagées de la boucle constituent l'un des espaces publics les plus utilisés de la ville.
Ces usages sont soumis à des règles locales qui varient selon les secteurs et les périodes. Les arrêtés municipaux et préfectoraux font foi ; ce site ne les reproduit pas.
Un régime qui vient du karst
Le Doubs draine un bassin largement calcaire. L'eau y circule dans des conduits souterrains plutôt que dans un sol filtrant, ce qui donne à la rivière un comportement particulier.
À la pluie, la réponse est rapide : le débit monte en quelques heures, parfois fortement. À la sécheresse, la réponse est tout aussi brutale : le réservoir souterrain se vide vite, et le débit s'effondre.
Ce régime contrasté n'est pas une anomalie récente. Ce qui est nouveau, c'est la fréquence et la durée des épisodes extrêmes, aux deux bouts.
Ce que voient les riverains
Les communes de la vallée conservent la mémoire de plusieurs crues marquantes, et les repères de hauteur d'eau se retrouvent sur les façades de certains bâtiments anciens.
Cette mémoire a une valeur réglementaire : les documents de prévention des risques s'appuient sur les crues historiques pour délimiter les zones inondables, et ces délimitations conditionnent le droit de construire.
Dans un fond de vallée où le foncier plat est rare, cette contrainte est l'une des plus structurantes de l'urbanisme local. Elle explique que certaines communes disposent d'un territoire étendu et de très peu de terrain constructible.
La restauration des milieux
Plusieurs opérations menées sur le bassin visent à redonner à la rivière un fonctionnement plus naturel : reconnexion d'anciens bras, suppression d'obstacles à la continuité, restauration de la ripisylve — la végétation des berges.
Cette végétation joue trois rôles cumulés : elle ombrage l'eau et limite son réchauffement, elle stabilise les berges, et elle filtre une partie des apports du bassin versant.
Ce sont des travaux longs, peu visibles, dont les effets se mesurent sur des années. Ils constituent pourtant le principal levier disponible à l'échelle locale, les autres facteurs — climat, agriculture, assainissement — dépendant de décisions plus larges.
Poursuivre
L'itinéraire cyclable qui suit la rivière est décrit dans l'EuroVelo 6, la ressource en eau potable dans d'où vient l'eau du Grand Besançon, et la géographie d'ensemble dans lire le territoire.