La forêt de Chailluz et les massifs du Grand Besançon
En regardant la carte des communes de l'agglomération, une anomalie saute aux yeux : le territoire de Besançon monte très loin vers le nord, bien au-delà de ce que l'urbanisation justifierait, et confine à des villages que l'on croirait sans rapport avec la ville. Cette excroissance a un nom : la forêt de Chailluz.
Une forêt qui appartient à la ville
Chailluz est une forêt communale — elle appartient à la commune de Besançon, et non à l'État ni à des propriétaires privés. Avec plus de seize cents hectares, elle figure parmi les plus grandes forêts communales du pays.
Cette propriété est ancienne. Une ville qui possédait son bois disposait de son chauffage, de sa charpente et d'une ressource monnayable. Beaucoup de communes ont vendu ou perdu ce patrimoine ; Besançon l'a conservé.
C'est pour cette raison que la limite communale s'étire vers le nord jusqu'à toucher des communes comme Bonnay, Vieilley ou Mérey-Vieilley. La géographie administrative garde ici la trace d'une économie médiévale.
Ce qu'on y trouve
Le massif occupe un plateau calcaire, à quelques centaines de mètres d'altitude. La hêtraie-chênaie y domine, avec des secteurs de résineux issus de plantations.
La forêt est exploitée : elle produit du bois d'œuvre et du bois de chauffage, et cette exploitation finance en partie son entretien. Les coupes visibles ne sont donc ni un abandon ni un accident, mais un cycle de gestion.
On y trouve également des vestiges d'occupation ancienne — anciennes carrières, chemins creux, traces d'exploitation — et une faune forestière classique du massif jurassien.
Un espace de respiration pour l'agglomération
Chailluz est accessible depuis les quartiers nord de Besançon, et par plusieurs communes riveraines. Un réseau dense de chemins la parcourt, praticable à pied, à vélo et à cheval.
Sa fonction sociale est considérable pour une ville de cette taille. Elle offre un espace forestier continu, sans coupure urbaine, à quelques minutes des zones d'habitat — ce que peu d'agglomérations françaises comparables peuvent proposer.
Cette fréquentation crée ses propres tensions : conflits d'usage entre promeneurs et pratiquants sportifs, stationnement aux entrées, cohabitation avec l'exploitation forestière et la chasse.
Les autres massifs
Chailluz est le plus vaste, il n'est pas le seul.
Les versants qui encadrent la vallée du Doubs sont boisés sur presque toute leur longueur, souvent trop pentus pour un autre usage. Ces bandes forestières relient les collines fortifiées et forment une trame continue autour de la ville.
Sur les plateaux du sud et de l'est, les forêts alternent avec les pâtures et les cultures, dans un paysage de bocage plus ouvert. Les espaces naturels recensés commune par commune y sont nombreux mais plus morcelés.
Fréquenter une forêt exploitée
Une forêt de production n'est pas un parc. Les engins y circulent, les chemins peuvent être fermés temporairement, et les périodes de chasse sont réglementées.
Les arrêtés municipaux et préfectoraux, ainsi que la signalisation sur place, font foi. Ce site ne publie ni horaires, ni périodes, ni conditions d'accès : elles varient et engagent des gestionnaires identifiés.
Une gestion sous plan
Une forêt communale relève du régime forestier et se gère selon un document d'aménagement pluriannuel, établi avec l'Office national des forêts, qui fixe pour une quinzaine ou une vingtaine d'années les coupes, les régénérations et les travaux.
Ce document arbitre entre trois fonctions rarement compatibles à court terme : produire du bois, accueillir du public, préserver la biodiversité.
Un peuplement laissé vieillir accueille davantage d'espèces mais produit moins. Une coupe qui optimise la production ferme le paysage pendant des années. Le plan d'aménagement est l'endroit où ces arbitrages sont écrits, et il est consultable.
Les effets du climat sur le massif
Les épisodes de sécheresse répétés ont affecté les peuplements du secteur, comme partout dans l'est de la France. Le hêtre, sensible au déficit hydrique estival, montre des dépérissements sur les stations les plus superficielles — c'est-à-dire, sur un plateau calcaire, une part importante du massif.
Les gestionnaires forestiers y répondent par la diversification des essences et par un renouvellement anticipé sur les secteurs les plus exposés.
Ces choix engagent un siècle. Une essence plantée aujourd'hui sera récoltée par une génération qui ne connaîtra pas le climat dans lequel elle a été choisie, ce qui rend l'exercice particulièrement incertain.
Cohabiter en forêt
La fréquentation d'un massif périurbain crée des conflits d'usage ordinaires : vitesse des vélos sur des sentiers partagés, chiens non tenus en période de mise bas, stationnement débordant aux entrées les week-ends de beau temps.
Aucun de ces sujets ne se règle par la seule réglementation. Le balisage différencié des itinéraires, l'aménagement des entrées et l'information saisonnière donnent de meilleurs résultats que l'interdiction.
La chasse constitue un cas à part, encadré par des périodes et des jours définis, portés à la connaissance du public par affichage. C'est le seul usage pour lequel la vérification préalable s'impose vraiment avant de partir.
Poursuivre
Les points de vue qui dominent ces massifs sont décrits dans les belvédères autour de Besançon, la géographie d'ensemble dans lire le territoire du Grand Besançon, et le détail par commune sur les fiches communales.