Plateaux, vallées, boucle : lire le territoire du Grand Besançon
On comprend mal l'agglomération de Besançon en regardant une carte administrative. On la comprend beaucoup mieux en regardant une carte du relief. Les 67 communes de Grand Besançon Métropole ne sont pas réparties au hasard : elles occupent trois situations géographiques distinctes, et chacune impose ses contraintes.
La boucle, et les collines qui la ferment
Besançon s'est installée dans un méandre du Doubs, presque refermé sur lui-même. La rivière y dessine une boucle d'environ un kilomètre de large, verrouillée au sud par un éperon rocheux — celui que Vauban a fortifié.
Cette configuration a fait la ville. Un site défendable, un franchissement obligé, une position de contrôle sur l'axe qui relie la plaine de Saône à la trouée de Belfort. Elle a aussi fixé une limite : la boucle est petite, les collines qui l'entourent sont raides, et la ville a dû s'étendre par les vallées plutôt que par cercles concentriques.
Sept collines encadrent le centre ancien. Chacune porte un fort ou un ancien ouvrage militaire, ce qui explique la présence, encore aujourd'hui, d'espaces boisés à quelques minutes de la place de la Révolution.
La vallée du Doubs, colonne vertébrale
En amont comme en aval de Besançon, l'urbanisation suit le Doubs. C'est là que passent la route, la voie ferrée, le canal et la piste cyclable, tous contraints par le même couloir.
Les communes de la vallée — Beure, Avanne-Aveney, Thise, Chalezeule, Roche-lez-Beaupré, Saint-Vit vers l'aval — partagent une caractéristique : leur territoire est étroit, coincé entre la rivière et le versant. L'espace constructible y est limité, et le risque d'inondation y est un paramètre permanent.
C'est aussi le couloir qui concentre les nuisances : trafic, voie ferrée, zones d'activité. Et, simultanément, celui qui offre les meilleurs temps d'accès au centre. Cette contradiction structure la plupart des débats d'aménagement de l'agglomération.
Les plateaux, un autre régime
Au sud et à l'est, le terrain monte brutalement pour rejoindre les premiers plateaux jurassiens. Montfaucon, La Vèze, Fontain, Pugey, Nancray, La Chevillotte appartiennent à ce monde-là.
Le paysage change complètement : villages groupés, pâtures, murets, forêts de feuillus et de résineux, quelques belvédères qui dominent la vallée de plusieurs centaines de mètres. La densité y est faible, les distances réelles plus longues que les distances à vol d'oiseau, et la desserte en transport collectif plus difficile à organiser.
Ces communes forment le poumon d'espace de l'agglomération. Elles portent la plupart des sentiers, des points de vue et des espaces naturels recensés sur le territoire.
Le nord, vers l'Ognon
Au nord, le relief s'apaise. Le plateau descend en pente douce vers la vallée de l'Ognon, qui marque la limite avec la Haute-Saône. Geneuille, Chevroz, Cussey-sur-l'Ognon, Palise, Mérey-Vieilley appartiennent à ce versant.
La transition avec le département voisin s'y fait sans rupture de paysage, et plusieurs communes de l'agglomération y confinent directement à des communes extérieures. C'est le secteur où la limite intercommunale se lit le moins sur le terrain.
Entre le Doubs et l'Ognon s'étend la forêt de Chailluz, l'un des plus vastes massifs boisés appartenant à une commune en France, et qui pousse le territoire de Besançon très au nord — jusqu'à confiner à des villages que l'on croirait éloignés de la ville.
Ce que le relief impose
Trois conséquences reviennent dans presque tous les dossiers du territoire.
Les continuités sont rares. Passer d'une vallée à l'autre suppose de franchir un plateau ou de contourner un versant. Cela vaut pour la route, pour le vélo, pour les réseaux techniques.
Le foncier plat est disputé. Il est concentré dans les vallées, où il sert déjà à l'habitat, à l'activité, à l'agriculture et aux infrastructures. Chaque nouvel usage se substitue à un autre.
Les distances trompent. Une commune située à sept kilomètres à vol d'oiseau de Besançon peut en demander quinze par la route, parce que le relief interdit la ligne droite. Les fiches des communes indiquent la distance à vol d'oiseau : c'est une mesure de situation, pas un temps de trajet.
Le calcaire, matériau et contrainte
La pierre de Besançon n'est pas une image : c'est un calcaire local, extrait à proximité, qui donne au bâti ancien sa teinte claire et sa relative uniformité. Les façades du centre, les remparts, les fontaines des villages et les fermes de plateau viennent souvent des mêmes bancs.
Ce matériau explique aussi le paysage bâti des communes rurales. Les murets de pierre sèche qui bordent les pâtures, les linteaux, les encadrements de fenêtres : tout cela est du calcaire trouvé sur place, parce que le transporter coûtait plus cher que l'extraire.
La même roche pose ses contraintes. Elle est perméable, ce qui prive les plateaux d'eau de surface. Elle est fissurée, ce qui rend les nappes vulnérables. Et elle affleure fréquemment, ce qui renchérit les travaux de terrassement.
Les vallées sèches et les combes
Sur les plateaux, on rencontre régulièrement des vallons profonds sans rivière au fond. Ce ne sont pas des accidents : ce sont d'anciennes vallées, creusées à une époque où l'eau ruisselait en surface, avant que le calcaire ne se fissure et n'absorbe l'écoulement.
Ces vallées sèches et ces combes ont une importance pratique. Elles offrent les seuls passages à pente douce entre le plateau et la vallée, et c'est par elles que passent la plupart des routes de liaison — souvent les mêmes tracés depuis des siècles.
Elles concentrent aussi les sols les plus profonds, donc les meilleures terres agricoles du plateau. La carte des cultures et celle des combes se superposent largement.
Ce que la carte administrative cache
Les limites communales du secteur suivent rarement le relief. Elles suivent des découpages anciens — paroisses, seigneuries, droits d'usage sur la forêt — qui obéissaient à d'autres logiques.
Le cas le plus visible est celui de Besançon, dont le territoire s'étire loin vers le nord pour englober la forêt de Chailluz, propriété communale ancienne. La ville confine ainsi à des villages dont elle est séparée par plusieurs kilomètres de bois.
À l'inverse, plusieurs communes de vallée ont un territoire minuscule et étiré perpendiculairement à la rivière, de façon à disposer historiquement d'une part de fond de vallée, d'une part de versant et d'une part de plateau. Cette forme en lanière se lit encore sur la carte.
Où lire la suite
Le détail de chaque commune — position, communes limitrophes, cours d'eau, desserte — est consultable sur les fiches communales. Les conséquences en matière de déplacement sont traitées dans la rubrique mobilités, et la manière dont les compétences se répartissent sur ce territoire dans comment fonctionne Grand Besançon Métropole.