Les forts autour de Besançon, un patrimoine de promenade
Depuis n'importe quel point haut de l'agglomération, on aperçoit au moins deux ouvrages fortifiés. Ce n'est pas un hasard de conservation : Besançon a été, pendant deux siècles, l'une des places fortes majeures de l'est de la France, et son système défensif s'est étendu bien au-delà de la boucle du Doubs.
Pourquoi une ceinture
La Citadelle verrouille l'isthme. Elle ne protège pas la ville d'une artillerie installée sur les hauteurs voisines.
Tant que les canons ont une portée courte, la question ne se pose pas. Elle devient centrale au XIXᵉ siècle, quand la portée s'allonge : une batterie posée sur une colline à quelques kilomètres peut alors atteindre le centre. La réponse est classique — occuper soi-même les hauteurs.
Une série de forts et de batteries est donc construite sur les collines qui encerclent la boucle, avec une logique d'appui mutuel. Chacun couvre un secteur, et surveille les approches de son voisin.
Les principaux ouvrages
Le fort de Bregille, sur la colline du même nom, à l'est. Il domine directement la boucle et offre l'une des vues les plus complètes sur la Citadelle, prise de face.
Le fort de Chaudanne, à l'ouest, sur une colline abrupte. Le panorama y embrasse la ville, la rivière et le relief environnant. C'est de là qu'est prise une bonne part des vues d'ensemble de Besançon.
Le fort des Trois-Châtels, le fort de Beauregard, la batterie de Rosemont et plusieurs ouvrages secondaires complètent le dispositif, dans un rayon de quelques kilomètres.
Au-delà de la ville, d'autres ouvrages jalonnent les plateaux, sur des communes de l'agglomération comme Montfaucon ou Fontain.
Un patrimoine à deux vitesses
L'état de conservation varie énormément d'un site à l'autre. Certains ouvrages sont entretenus et ouverts ; d'autres sont fermés, envahis par la végétation, parfois dangereux d'accès.
Cette disparité tient à leur statut. Une partie des ouvrages est passée à la commune ou à des associations, d'autres restent propriété publique sans usage défini. Entretenir un fort coûte cher, et un fort sans fonction trouve difficilement un financement.
La conséquence pratique pour un promeneur : les abords sont presque toujours accessibles, l'intérieur rarement. Les panneaux et les barrières sur place font foi — franchir une clôture sur un ouvrage militaire désaffecté n'est ni autorisé ni sans risque.
Une trame verte involontaire
L'effet le plus durable de cette ceinture n'est pas militaire, il est paysager. Autour de chaque fort, une zone de dégagement était maintenue libre de construction pour ne pas gêner le tir.
Ces servitudes ont, pendant des décennies, empêché l'urbanisation des collines. Elles expliquent pourquoi Besançon, ville de taille moyenne, dispose d'une couronne boisée continue à quelques minutes de son centre.
Ce que la ville doit à Vauban et à ses successeurs, ce n'est donc pas seulement un monument classé. C'est un rapport entre le bâti et la forêt que peu d'agglomérations de cette taille ont conservé.
Y aller à pied
Les sentiers qui relient les collines forment un réseau continu, praticable à la journée. Les dénivelés sont courts mais soutenus : de la rivière au sommet d'une colline, on compte régulièrement plus de cent mètres de montée.
Plusieurs itinéraires balisés desservent les principaux ouvrages depuis le centre ou depuis les communes voisines. Les points de vue recensés commune par commune figurent sur les fiches communales.
Deux générations d'ouvrages
Les fortifications autour de Besançon ne relèvent pas d'un projet unique. Elles appartiennent à deux époques dont les principes s'opposent.
Le XVIIᵉ siècle de Vauban raisonne au contact : l'ouvrage se tient à portée de vue de ce qu'il défend, et son tracé bastionné organise un feu croisé à courte distance.
Le XIXᵉ siècle raisonne à distance. L'artillerie rayée, plus précise et de plus longue portée, oblige à éloigner la défense. Les forts de ceinture sont donc conçus pour tenir l'ennemi à plusieurs kilomètres du centre, enterrés, massifs, protégés par la terre plutôt que par la pierre.
Cette différence se voit à l'œil nu. Un ouvrage de Vauban se donne à voir ; un fort du XIXᵉ se dissimule.
Le système Séré de Rivières
Après 1870, la France réorganise ses défenses de l'est selon un plan d'ensemble qui porte le nom du général qui le conçoit. Besançon, position de barrage sur l'axe qui mène à la trouée de Belfort, en constitue l'un des points d'appui.
Les ouvrages construits dans ce cadre présentent des caractéristiques communes : fossés, casemates, magasins enterrés, et une organisation intérieure standardisée. On les reconnaît d'un site à l'autre, de la Franche-Comté aux Vosges.
Ils ont été déclassés très vite. L'obus torpille, apparu à la fin du XIXᵉ siècle, rend obsolète la maçonnerie non protégée, et impose une génération de renforcements en béton dont plusieurs ouvrages du secteur portent la trace.
Un usage qui reste à inventer
La question posée aujourd'hui n'est plus militaire mais patrimoniale : que faire de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés de bâti massif, sans usage évident ?
Les réponses trouvées ailleurs sont connues — espace culturel, hébergement, activité économique, simple ouverture au public sécurisée — et toutes supposent un investissement lourd.
Dans le Grand Besançon, quelques ouvrages ont trouvé une fonction, portée le plus souvent par une association ou par la commune. Les autres restent en attente, protégés par leur seule inaccessibilité.
Poursuivre
L'ouvrage principal du système est traité dans la Citadelle de Besançon. La géographie qui explique cette disposition est décrite dans lire le territoire du Grand Besançon, et les autres sujets d'histoire dans la rubrique patrimoine.