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La Citadelle de Besançon : ce qu'il faut comprendre avant d'y monter

La Citadelle de Besançon ne se comprend pas comme un bâtiment. Elle se comprend comme une réponse à une contrainte de terrain, tranchée une fois pour toutes à la fin du XVIIᵉ siècle.

Le verrou

Le Doubs dessine à Besançon une boucle presque fermée. Il ne reste, entre les deux branches de la rivière, qu'un isthme étroit — quelques centaines de mètres — surmonté d'un éperon rocheux d'une centaine de mètres de haut.

Tout ce qui entre dans la boucle ou en sort par voie terrestre passe par là. Celui qui tient l'éperon tient la ville. Le site est fortifié bien avant Vauban : les Romains y installent déjà un ouvrage, et le Moyen Âge y superpose ses propres constructions.

Ce que fait Vauban, à partir des années 1670, c'est appliquer à ce verrou naturel une architecture systématique, pensée pour l'artillerie de son temps.

Trois fronts, une logique

L'ouvrage s'organise en trois fronts successifs, séparés par des fossés taillés dans le rocher. Un assaillant qui franchit le premier se retrouve exposé au second, puis au troisième, sans jamais disposer d'un espace de manœuvre.

Les murs ne sont pas hauts pour être imposants : ils sont épais et bas, pour absorber le boulet plutôt que l'arrêter. Les angles ne sont pas décoratifs : ils suppriment les angles morts, de sorte que chaque portion de mur soit couverte par le tir d'une autre.

Cette rationalité est ce qui fait la valeur patrimoniale de l'ensemble. La Citadelle n'est pas remarquable parce qu'elle est belle, elle est remarquable parce qu'elle est démonstrative.

L'inscription à l'UNESCO

En 2008, la Citadelle de Besançon est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au sein d'un ensemble consacré aux fortifications de Vauban, réparti sur plusieurs sites français. L'inscription porte sur la cohérence de l'œuvre, pas sur un monument isolé.

C'est une distinction importante. Elle signifie que la Citadelle est protégée comme élément d'un système, et que sa lecture appelle celle des autres ouvrages du même auteur — y compris, à Besançon même, l'enceinte urbaine et les tours du front de rivière.

Ce qu'on y trouve aujourd'hui

Le site abrite plusieurs équipements muséaux, dont un musée consacré à la Résistance et à la Déportation, et des espaces zoologiques. Il constitue l'un des sites les plus fréquentés de la région.

Il offre surtout un point de vue qui explique la ville mieux que n'importe quelle carte : depuis les remparts, la boucle du Doubs se lit d'un seul regard, avec le centre ancien à l'intérieur et les collines fortifiées tout autour.

Ce que la Citadelle ne dit pas seule

Elle ne dit pas que le système défensif de Besançon dépasse largement son enceinte. Au XIXᵉ siècle, une ceinture de forts est construite sur les hauteurs environnantes — Bregille, Chaudanne, Trois-Châtels, Beauregard, entre autres — pour tenir l'artillerie à distance.

Ces ouvrages appartiennent à une autre génération technique et à une autre logique militaire, mais ils font partie du même raisonnement : le relief autour de la boucle est le vrai sujet, et la Citadelle n'en verrouille qu'un point.

Plusieurs de ces forts se visitent librement ou depuis les sentiers qui les desservent. Ils constituent la promenade patrimoniale la plus accessible de l'agglomération.

Monter : quelques repères

L'accès se fait à pied depuis le centre ancien, par une montée courte mais raide, ou par la route. Le site est vaste, et se parcourt sur plusieurs heures.

Les horaires, les tarifs et les conditions d'accès sont publiés par le site lui-même et changent selon la saison. Ce site ne les reproduit pas : ce sont des informations qui varient, et dont la version officielle fait seule foi.

Une ville fortifiée, pas seulement une citadelle

Vauban n'a pas seulement construit l'ouvrage du sommet. Il a repris l'enceinte de la ville elle-même, dans la boucle, avec des fronts bastionnés au contact de la rivière et des tours qui commandent les franchissements.

Plusieurs éléments de ce dispositif subsistent et se voient depuis les quais : le front Saint-Étienne, les tours du bord de Doubs, la porte Rivotte qui commande l'entrée sud. La ville ancienne se lit ainsi comme un ensemble fortifié complet, dont la Citadelle est le réduit.

L'inscription à l'UNESCO porte d'ailleurs sur cet ensemble, et non sur le seul ouvrage sommital. C'est une nuance qui change la manière de visiter : la promenade dans le centre ancien fait partie du site.

Le souterrain et le canal

Sous la Citadelle passe un tunnel qui permet au canal de couper l'isthme, évitant aux bateaux de faire le tour du méandre. Il a été percé au XIXᵉ siècle, longtemps après Vauban, dans une logique économique et non militaire.

Cet ouvrage a une conséquence directe aujourd'hui : le chemin de halage traverse la ville au niveau de l'eau, sous le rocher, et constitue l'un des passages les plus singuliers de l'itinéraire cyclable qui suit le Doubs.

Il illustre aussi la manière dont un site fortifié se transforme. Le verrou construit pour empêcher le passage a fini par être percé pour le faciliter.

Ce que coûte un monument de cette taille

Un ouvrage de plusieurs hectares de maçonnerie exposée demande un entretien continu. Les remparts subissent le gel, la végétation et le ruissellement ; une portion non entretenue se dégrade en quelques années.

La fréquentation touristique finance une partie de cet entretien, mais une partie seulement. Le reste relève de la collectivité propriétaire et des financements patrimoniaux, dans des cycles longs qui expliquent que certaines portions restent en chantier pendant des années.

C'est le paradoxe des grands sites : leur notoriété assure leur survie, et leur taille rend cette survie coûteuse.

Poursuivre

La fiche de la commune-centre, avec ses données et le patrimoine protégé relevé, est consultable sur Besançon. Les autres sujets d'histoire et d'architecture du territoire sont regroupés dans la rubrique patrimoine, et la géographie qui explique ce site dans lire le territoire du Grand Besançon.

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